Jour 1 : Lausanne Longyearbyen

La campagne Vaudoise dort encore profondément en ce dimanche matin d'avril.

Il est vrai qu'il n'y a que moi pour attendre un taxi le long de ce chemin forestier à 5 heures du matin.

La température est fraîche. J'enfile ma veste en Gore-Tex en me disant que si j'en ai besoin ici, l'avenir risque d'être rude dans quelques heures et quelques 30 degrés de latitude plus au nord...


Le chauffeur me demande où je vais. La gare de Lausanne étant ma prochaine étape, il n'en saura pas plus; malgré l'excitation de partir pour mon premier raid arctique je n'ose trop encore y croire. 3 ans d'attente, d'annulations et de reports ont entamé mon enthousiasme.

La gare, puis l'aéroport de Genève ont des allures bien connues. Je les fréquente habituellement avec le même billet pour Paris Charles-de-Gaule pour aller voir mes clients. Cette fois-ci ma tenue vestimentaire est bien différente et mes pensées plus lointaines.
L'hôtesse d'Air France à qui je demande d'enregistrer 25kg de bagages (dont 5 d'excédent âprement négociés) pour Longyearbyen me conseille après avoir consulté ses fiches ("Longyear.... quoi ?") de n'enregistrer que jusqu'à Paris puis de me débrouiller avec la SAS qui devrait normalement connaître cette destination

Déjà, je ne peux m'empêcher de jeter un coup d'oeil circulaire sur la salle d'embarquement, à la recherche d'un profil vestimentaire proche du mien. En effet n'ayant pas eu la liste des participants, je me dis que je pourrais fort bien voyager au coté d'un(e) futur(e) compagnon(gne) de raid sans le savoir.
Pour l'instant aucun suspect..

Paris CDG. 4 heures d'attente pour le vol sur Oslo. Je continue mon inspection indiscrète dans le Terminal 1.
Les passagers masqués en provenance où a destination du sud-est asiatiques sont vite écartés. Je me dis que si ce SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) se développe, le Spitzberg pourrait devenir le dernier îlot sain de la planète. Bonjour la quarantaine forcée par -25 !

Dans la salle d'embarquement je remarque bien deux types à la mine de raiders aguerris. Mais comme j'ai déjà fait 3 erreurs de casting, je m'abstiens cette fois. Je ne ferai donc la connaissance de Philippe et Daniel que dans le vol pour Longyearbyen

Paris Oslo sans problème.

Réenregistrement des bagages sur la Braathens. Puis 6 heures d'attente dans l'aéroport d'Oslo.

Je change mes euros pour des couronnes norvégiennes et je vais m'offrir une bière.
Premier choc.
59 couronnes soit 8 euros pour 50cl de bière pression.
Même en venant de Suisse ou la vie n'est pas vraiment bon marché, je la trouve saumâtre.
La leçon n'a pourtant pas porté puisque deux heures plus tard je m'offre un hamburger à 15 euros

La porte d'embarquement pour Longyearbyen est enfin affichée. Cette fois c'est sûr, notre groupe au complet sera planté devant la gate 20, je suis décidé à faire connaissance.

Un groupe dans le groupe de passagers, des sacs à dos "techniques". Je m'approche. J'épie... du norvégien. Bon. Cherchons des francophones.
Eric et Pascal auront la gentillesse de parler assez fort pour que je tente de me présenter. Nous voilà donc 3 sur 8.

 
Mon enquête est stoppée par l'annonce de l'hôtesse de la Braathens.
J'attends la version anglaise.
"Tempête sur Longyearbyen... atterrissage impossible... on décolle quand même... mais déroutement sur Tromsö possible."
L'arctique commence à gripper la mécanique bien huilée de notre monde occidental.

Revenant tout juste d'un trek au Maroc, je médite la rengaine africaine : Inch' Allah ! (Si dieu le veut...)

Décollage
La course au soleil commence.

Pendant que l'astre met un temps infini à émerger de l'horizon nord, notre groupe se retrouve au complet.
Les présentations sont rapides.
En deux minutes, il est acquit que Thomas partagera ma tente, et ma passion pour l'audiovisuel

Puis il annonce rapidement que non seulement il voyage gratuitement, mais qu'en plus il est payé pour ça. Passent 20 secondes pendant lesquelles chacun remâche sa jalousie puis la bonne humeur communicative de ce photographe de Trek Magazine donne le ton du voyage : Humour et sympathie.

"Ici le commandant..." : Le temps s'est arrangé sur Longyearbyen, l'atterrissage est maintenant possible.
J'en douterai fortement une demi heure plus tard quand les soubresauts de notre avion nous jetterons de droite ou de gauche jusqu'au miracle final.
Ce pilote doit être né ici et avec un manche entre les mains...

La porte de l'avion laisse soudainement entrer dans notre cocon aéronautique une rafale de neige à moins 15 degrés.Bienvenue au Spitzberg !
Il 3 heures du matin. L'aéroport de Longyearbyen est fantomatique sous la lumière solaire de ce milieu de "nuit".

Pierre, notre guide nous accueille d'un large sourire.
Réconfort.

Puis il nous entasse dans son break Toyota dont, il ne le sait pas encore, c'est le dernier voyage.

Douche.

Les 24 heures de voyage sans sommeil me permettent de dormir malgré la lumière solaire qui perce les rideaux du Mary Ann's Guest House.